Le choc des genres : dystopique vs post-apocalytique
Quâest-ce qui diffĂ©rencie 1984 (George Orwell) de La Route (Cormac McCarthy) ? Ils appartiennent chacun Ă des genres aux contours bien caractĂ©risĂ©s : le roman dystopique et le roman post-apocalyptique. Si ces deux rĂ©cits se rejoignent parfois, voire se mĂ©langent, ils proposent deux expĂ©riences de lecture diffĂ©rentes. Avec Ă chaque fois un objectif commun : raconter les dĂ©rives et les maux de nos sociĂ©tĂ©s en les projetant dans des visions tragiques de lâavenir. Alors dystopie, post-apocalyptique ou les deux ? Voici notre jeu des 7 diffĂ©rences, pour vous aider Ă choisir.
1. Un futur lointain ou fantasmé
La principale caractĂ©ristique de la dystopie est son rapport flou Ă lâavenir : souvent situĂ© dans un avenir aux contours indĂ©terminĂ©s, le genre sâappuie sur la description dâune sociĂ©tĂ© imaginaire, une utopie qui aurait virĂ© au cauchemar (« dys », câest-Ă -dire le mal en grec). Dans le roman post-apocalyptique, quelque chose aussi a dĂ©raillĂ©, mais dans un futur lointain, directement liĂ© au prĂ©sent dans lequel vit son lecteur.
2. Des sociétés en question
Dans la dystopie, si les humains vivent encore dans des sociĂ©tĂ©s stables, elles sont strictement hiĂ©rarchisĂ©es, fondĂ©es sur des inĂ©galitĂ©s et dirigĂ©es par des idĂ©ologies nĂ©fastes. Une grande diffĂ©rence avec le style post-apocalyptique oĂč la sociĂ©tĂ© a littĂ©ralement explosĂ©e aprĂšs un cataclysme.
3. Linéarité VS intrigue à tiroir
Lâenjeu central dâun roman post-apocalyptique est souvent la survie, voire la capacitĂ© Ă reconstruire une communautĂ©. Le rĂ©cit aura donc tendance Ă suivre une ligne claire, agrĂ©mentĂ©e de quelques retours en arriĂšre. La dystopie dĂ©veloppe un univers inconnu du lecteur, dont les contours sont dĂ©voilĂ©s progressivement, dans une architecture riches en retournements de situation.
4. Noir, câest noir
Pour la dystopie comme pour le post-apocalyptique, lâavenir est globalement sombre. Le ton est nettement plus pessimiste dans le premier, qui dĂ©crit un monde terrifiant, avec les outils de la critique sociale et politique. Si la catastrophe a dĂ©jĂ eu lieu dans le roman post-apocalyptique, la possibilitĂ© dâune renaissance existe et se dĂ©ploie dans un style volontiers plus introspectif et mĂ©lancolique.
5. Des personnages en crise(s)
Dans un monde post-apocalyptique, le hĂ©ros fait partie de ceux qui restent. Ce qui est extraordinaire, câest la tragĂ©die dâun monde Ă laquelle il nâoppose que son abnĂ©gation ordinaire. De lâautre cĂŽtĂ© du spectre, dans un univers dystopique qui sâacharne sur les plus faibles, le hĂ©ros est souvent celui qui remet en question le systĂšme en place et sâĂ©lĂšve contre lâinhumanitĂ©.
6. Une humanité qui résiste
Manipulation, contrĂŽle, perte de libertĂ©, Ă©crasement de lâhumanitĂ© qui rĂ©siste en nous : les thĂšmes dystopiques nous questionnent sur les dĂ©rives du pouvoir. Dans la littĂ©rature post-apocalyptique, câest vers les thĂšmes de la survie, de la reconstruction et de la solidaritĂ© face Ă l’adversitĂ© que lâauteur nous emmĂšne.
7. Et aprĂšs ?
Dans ces futurs sombres, quelle peut ĂȘtre lâissue ? Les dystopies embarquent leurs personnages dans une quĂȘte de vĂ©ritĂ©, pour inspirer un changement. Et si tout semble fini, les rĂ©cits post-apocalyptiques peuvent conduire Ă la reconstruction, lâadaptation et, pourquoi pas, Ă une possible renaissance.