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Ce disque, originellement sorti sous forme de double LP en 1968, fut le premier entièrement consacré à la pratique du saxophone en solo, sans re-recording. On connaissait bien alors quelques échappées solitaires signées par Sonny Rollins, Lee Konitz, Eric Dolphy, voire Coleman Hawkins, mais celles-ci n'excédaient pas quelques minutes alors qu'ici l'heure est largement dépassée. À projet unique et ambitieux, motivations singulières (l'anecdote a été à maintes reprises rapportée). Braxton raconte : « Il était minuit et j'étais complètement déprimé. J'ai pris mon magnétophone. Je pensais à me tuer. Je me suis dit : non, je ne vais pas me tuer, je vais faire un peu de musique ». Ses pièces sont dédiées, entre autres, au compositeur contemporain John Cage et à quelques musiciens de free, dont le pianiste Cecil Taylor et le violoniste Leroy Jenkins, comme Braxton, membre de l'AACM. D'un morceau à l'autre, les ambiances varient considérablement : free et débridées, plus classiquement "parkeriennes" ou contemplatives et propices à la méditation (comme sur l'envoûtant et minimal "Dedicated To Ann And Peter Allen"). Braxton travaille le son, sollicitant toutes les possibilités que lui offre le saxophone, du bruit des clés au sifflement des anches. Indispensable, cet enregistrement a influencé tous les souffleurs, de Julius Hemphill à Louis Sclavis, qui se sont après lui livrés à cet exercice. --Philippe Robert