Critique
L’illustration de pochette, sublime dans son caractère apprêté, conforte dans l’idée que nous sommes dans un disque d’époque. Et l’époque est à la brièveté, l’absence de complexité, et un certain tropicalisme (on appelait cela alors le typique), qui pointe avec détermination sa corne.
Toutes les pièces proposées ici n’excèdent que rarement les trois minutes, ce qui, on en conviendra, ne facilite pas les grandes envolées, sinon la concision. Les partitions sont signées Lalo Schiffrin (dieu vivant des musiques de films), Charlie Mingus (dieu vivant du jazz concerné et social), ou Antonio Carlos Jobim (dieu vivant de la bossa nova). Ou Quincy Jones en personne, musicien à la renommée en devenir, et qui signe avec
« Soul Bossa Nova
» l’une de ses mélodies majeures, et le premier degré de son accession à la gloire. Et comme l’intitulé du programme le précise, l’ambiance est brésilienne (
« Desafinado
»,
« Chega de Saudade
», deux chefs d’œuvres de Jobim), voire légèrement délétère (la mélodie de
« Taste of Honey
», à laquelle se sont déjà confrontés, parmi une foultitude d’autres, The Beatles).
Dans le carcan de l’ensemble de ces contraintes, le patron se tire merveilleusement bien de l’exercice, sans doute surfant déjà sur son génie de l’harmonisation. Mais on sera gré à quelques solistes invités (le saxophoniste alto Phil Woods, le guitariste Jim Hall, et surtout l’extraordinaire flûtiste Rahsaan Roland Kirk – dans
« Soul Bossa Nova
», justement -) de magnifier le programme. Le document est donc d’époque, et l’époque (fraîche, élégante, et superficielle) était bénie. Big Band Bossa Nova s’autorisera même un parcours modeste dans les classements de musique pop, ce qui reste après tout une étiquette assez convenable.
Christian Larrède - Copyright 2019 Music Story