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Du mauvais calembour élevé au degré du grand art, Boby Lapointe a maîtrisé comme personne l'allitération, l'enjambement, la contrepèterie et le rejet. Autant de procédés de la poétique avec lesquels le chanteur jouait avec une malice et un appétit insatiables. Lapointe a malaxé la langue française et ses syllabes les plus équivoques jusqu'à épuisement ou presque. Souvent ce sont les voyelles qui se retrouvent dans tous les sens ("La Banane Anana", "Tchita La Créole") mais c'est bien l'idiome gaulois qui subit à longueur de strophes. Taillés, recollés, isolés et reconstitués, les mots se succèdent dans le débit du Boby. Les musiques ne craignent pas non plus de divaguer de la biguine au charleston, du tango au fox-trot et tous les classiques sont là, de "Aragon et Castille", à "Framboise", sans oublier "La Maman des poissons" et l'irrésistible "Leçon de guitare sommaire". On mesure à l'écoute de ce répertoire impérissable, pétri d'esprit, d'humour et de tendresse ("Insomnie"), combien la musique des années 60 doit à ce créateur hors du commun. Et Nino Ferrer ne fut pas un de ses moindres disciples. --José Ruiz