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Transfuge de films d'épouvantes plus ou moins parodiques et réussis (Scream, Mimic, Dracula 2000…), où il tendait à végéter depuis quelques années, Marco Beltrami nous livre avec ce film danois une toute autre facette de son talent, moins portée sur le maniérisme et plus axée sur la suggestion. Si l'incontournable référence à Bernard Herrmann, compositeur privilégié d'Alfred Hitchcock, reste présente, notamment dans l'ébauche d'un thème ("I am Dina") rappelant ouvertement celui de Marnie, cet ancien espoir semble enfin trouver sa voie et donner la pleine mesure de son talent. De la thématique lyrique à l'orchestration nuancée, en passant par les harmonies évocatrices, Marco Beltrami déploie la juste mesure de son imagination en jouant la carte de la sobriété prenante, de la tension implicite. Dans cette partition ouvertement romantique où le violoncelle joue un rôle prépondérant (la musique est, quant à elle, un élément essentiel du récit), il atteint l'objectif que tout compositeur de musique de films devrait se fixer : saisir et retranscrire l'âme de l'histoire, sublimer plutôt que souligner. Pas besoin d'être musicien ou spécialiste de quoi que ce soit pour se rendre compte qu'il y parvient avec finesse, pertinence et passion. Si la musique sauve Dina du désespoir, Marco Beltrami nous sauve de la banalité et de la fadeur en exploitant le meilleur de sa vision musicale. À noter le timbre voluptueux de la Canadienne Jorane, chanteuse et violoncelliste, qui brille autant dans les deux pièces de Beltrami ("Dina's Lullaby", "She Said") que dans sa propre musique, sorte de musique classique éthérée imprégnée de diverses tendances et parachevant en trois temps cet album précieux avec une suavité énigmatique. Une perle rare. --Jean-Christophe Arlon