Critique L’album qui a tout déclenché, et demeuré le « mètre étalon » du reste de sa discographie. Les premiers morceaux de bravoure dans la suite de « Rosalita » avec un tableau des laissés pour compte du rêve américain, orné d’une séquence qui ne doit rien au hasard : « Thunder Road » débute le matin, « Backstreets » évoque une chaude après midi (à la moiteur évoquée par la répétition –plus de vingt fois- de « hiding on the backstreets »), l’hymne « Born To Run » une soirée, et l’interminable « Jungleland », qui se termine au petit matin suivant. Jon Landau le co-producteur et manager marque son territoire face au futur ex-entourage de Bruce Springsteen : contre l’avis général par exemple, c’est lui qui conseille de replacer le solo de sax de « Thunder Road » à la fin plutôt qu’au milieu où il faisait retomber la sauce. Son jeune ingénieur du son Jimmy Iovine se fera un nom ensuite, comme producteur du Easter du Patti Smith Group entre autres, puis comme fondateur du label Interscope. Parmi les nombreuses chansons enregistrées mais écartées pour cet album, deux ont surgi dans le coffret Tracks de 1998 : « Linda Let Me Be The One » et « So Young And In Love », et une dans la compilation The Essential en 2003 : « None But The Brave ». Born To Run a été réédité sous forme de coffret en 2005, « remasterisé », avec le « making of » de l’album et deux heures de film tirés des fameux concerts de l’Hammersmith Odeon à Londres les 18 et 24 novembre 1975. Jean-Noël Ogouz - Copyright 2019 Music Story