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Doublement nominée par les Golden Globes et l'Académie des Oscars, The Hours n'a, hélas, obtenu ni l'un ni l'autre. Mais que l'on ne s'y trompe pas : cette nouvelle musique de film glasséenne est une pure merveille, sans doute sa plus belle partition pour le cinéma depuis Mishima. Chargé d'illuminer un piano irréel autour duquel s'articule toute la structure harmonique et le ciselage mélodique, le chef d'orchestre Michael Riesman laisse pour l'occasion sa fidèle baguette à Nick Ingman. Mais loin de compromettre la symbiose des interprètes avec cette musique d'une simplicité ardue, d'une limpidité intimidante, ce changement contractuel se transforme ni plus ni moins en coup de génie. Partenaire de Philip Glass depuis toujours, dirigeant avec un égal bonheur la totalité de ses travaux pour l'écran, le chef devenu pianiste entretient une telle complicité avec le compositeur qu'il ne fait plus qu'un avec sa musique, survolant ces divines 57 minutes de son toucher profondément gracile, ou l'art de pénétrer les sens en douceur, de susciter des sensations purement viscérales par un discours éminemment spirituel, une possible philosophie musicale. Loin de se perdre dans un langage opaque qui n'éclairerait que les méandres de son cerveau, Philip Glass décale sa vision intellectuelle vers la plus fluide des expressions, le plus naturel des écoulements. Jamais la fascination muette engendrée par ces notes d'une beauté sans nom, d'une saisissante clairvoyance, ne retombe une seule seconde depuis l'élévation du chant intérieur qui introduit "The Poets Acts", un titre fait sur mesure, jusqu'au réminiscences intemporelles du morceau titre, un final de rêve qui s'éteint dans les bras de l'infini. Les ondulations ensorcelantes des cordes subtilement pénétrantes, ciment lumineux d'une orchestration transparente, alliées au rayonnement pianistique tout en clair obscur, la thématique obsédante et la substance harmonique toujours aussi planante, génèrent un ravissement de tous les instants qui serait bien futile sans l'aura spirituelle qui s'en dégage. La splendeur angélique du piano dans "Morning Passages", les résonances d'une marche funèbre onirique ("I'm going to make a cake") ou encore l'ostinato envoûtant s'échappant de "Tearing herself away" sont quelques exemples de cette éruption aussi cérébrale que sensitive qui ruisselle en nous avec la pureté et la clarté d'une source montagneuse. Une expérience musicale absolue, dépassant largement le cadre d'une simple portée, comme il en existe peu dans une vie. Qu'est ce que The Hours sinon la quintessence de la musique de film selon Philip Glass, un sommet de se siècle naissant ? --Jean-Christophe Arlon
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THE HOURS