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Lennie Tristano n'aimait guère faire des disques. Il se tenait à l'écart pour mieux se consacrer à la poignée d'élèves auxquels il enseignait. En 1955, cédant à la demande des responsables du label Atlantic, Tristano accepta de leur livrer quelques bandes qu'il avait réalisées dans son propre studio. Son sobre et admirable "Requiem", un blues gravé en solo en hommage à Parker, cohabite avec des pièces plus expérimentales, le pianiste utilisant la technique du re-recording pour improviser avec lui-même sur une basse et une batterie au préalable enregistrées. Au regard de ces sévères exercices rythmiques dans lesquels Tristano convoque Bach, les autres plages de l'album sont d'une spontanéité toute différente. La petite salle de concert du restaurant Confucius accueille le pianiste en quartette. La chaleur du jeu d'alto de Lee Konitz, ses tendres lignes mélodiques ont quelque peu raison de son austère prudence. Tristano se confie davantage, bâillonne moins son lyrisme. L'émotion transparaît derrière la rigueur. Le masque tombe comme emporté par le propre élan de la phrase musicale. --Pierre de Chocqueuse