Critique
Surgi à la suite de U-Roy, dont il s'inspire sans détours du style et même du nom, I-Roy grave dans la cire toute la verve des rues de Kingston. L'essentiel ici n'est pas le riddim qui ne sert finalement que de support au toaster, mais bien le discours du deejay et la scansion qu'il utilise pour faire passer son message.
En la matière I-Roy a peu d'égaux, tant il martèle chacun de ses mots, soulignant les moments forts de cris aigus, tel un possédé ou un dément. Les thèmes abordés par I-Roy restent des récurrents de la culture reggae et rasta - bien que I-Roy ne soit pas rasta lui-même - avec la corruption politique
« Hypocrite Blackout », le retour aux racines africaines de
« African Talk » et
« African Herbsman », l'amour et la tolérance avec
« Love Your Neighbour ». Le quotidien difficile n'est pas oublié avec
« Crisis Time » ou
« Equality and Justice » qui soulignent le caractère néo-colonial de la société jamaïcaine.
Avec une telle panoplie, il n'est pas étonnant de voir que I-Roy est devenu à son tour une influence pour Linton Kwesi Johnson. Son style finalement assez aride ne survivra pas à l'arrivée du dancehall, poussant assez rapidement I-Roy vers les oubliettes de la musique. N'empêche,
Crisis Time et la plupart de ses albums des années soixante-dix montrent quel formidable remueur de foules il pouvait être, et laissent encore aujourd'hui filtrer l'ambiance du Kingston d'alors.
Francois Alvarez - Copyright 2019 Music Story