Critique
Le terme n’est pas galvaudé et l’entreprise est, effectivement et avant tout, celle d’une bande de copains, venue soutenir les premiers efforts d’un chanteur doué, certes, mais un peu brut de décoffrage. Le problème reste que, lorsque ces copains sont les guitaristes Albert Lee et Jimmy Page, l’organiste Stevie Winwood ou la choriste Madeline Bell, les séances prennent tout de suite une autre dimension.
Menés de main de chef d’orchestre par le pianiste Chris Stainton, le Grease Band et la voix de Joe Cocker, rampante et râpeuse et déchirée, font merveille dans un répertoire judicieusement choisi : deux standards de Bob Dylan (dont le très liturgique
« Just Like a Woman »), le superbe
« Feelin’ Alright » de Dave Mason (agrémenté d’arrangements dont on a manifestement perdu la recette depuis), ainsi qu’un
« Don’t Let Me Be Misunderstood », qui peut s’aligner sans crainte face à la version d’Eric Burdon and the Animals, constituent les sommets d’un premier album qu’on peut écouter, quarante années plus tard, avec la même jubilation qu’hier.
La reprise des Beatles (qui donne son nom à l’album), premier vrai succès de Joe Cocker, rampe comme une menace tellurique en fin de programme et fait prendre conscience de la grandeur du répertoire du groupe de Liverpool, chansons ouvertes à toutes les interprétations et toutes les excentricités.
With a Little Help from My Friends atteint le Top 40 américain. Quant à la chanson-titre, son parcours modeste dans l’exploitation en single, ne préjuge en rien du cataclysme qu’elle provoquera, après la participation de l’homme de Sheffield au festival de Woodstock.
Christian Larrède - Copyright 2019 Music Story