Critique
Le musicien le plus loufoque de sa génération, qui n’hésite pas à parodier du hip hop (qu’il aime tant) en jouant au crooner, vêtu de costumes roses, de rouflaquettes démodées
, a en 2005 laissé cette facette de son personnage derrière lui.
Place ici à l’Artiste. Au pianiste plus précisément. En seize plages toutes aussi intimistes et émouvantes les unes que les autres, Gonzales surprend ici par sa finesse musicale. A l’écoute de ces petites pièces au piano, sans chant, le musicien québécois émigré à Paris compose la musique de notre film mental.
Un film en noir et blanc, au scénario le plus souvent tragique. Plus proche d’un Erik Satie que d’un Yann Tiersen, Gonzales se laisse aller à la mélancolie, proposant des progressions très travaillées, rythmiquement et mélodiquement. À l’instar du sensible
« Carnivalse », le reste de ce disque se déploie progressivement au fil des écoutes, laissant l’auditeur dans une rêverie inespérée de la part du trublion Gonzales.
Impossible de dire si ce
Solo Piano est (comme beaucoup le scandent) le meilleur album de Gonzales, pour la simple et bonne raison qu’il n’est comparable en aucun point. On retiendra juste de cette performance pianistique qu’elle est inévitablement l’œuvre d’une âme artistique démesurée, outrancière et outrageusement sensible. Indispensable.
Arnaud De Vaubicourt - Copyright 2019 Music Story