Critique
De nouveau avec Tony Visconti à la production, Phil Lynott (qui accueille dans son groupe le bouillant Gary Moore en remplacement du chien fou Brian Robertson) a, mine de rien, une sacrée pression sur les épaules à ce moment-là, devant réaliser un album studio de Thin Lizzy qui soit à la hauteur de tous les précédents mais aussi du
Live and Dangerous.
C'est pour l'essentiel au studio des Dames (Paris) qu'il se charge de relever ce défi peu commun et, avec l'aide de pas mal de stupéfiants et de liqueurs, il y réussit le plus souvent, grâce à des chansons encore formidables comme
« Waiting for an Alibi », largement porté par sa basse (il y chante une histoire de gangster au grand cœur et évoque l'acteur Rudolph Valentino), la douce ballade
« Sarah » (dédiée à sa fille nouvelle-née), le dynamique
« Do Anything You Want to » (une accolade aux punks de belle facture, ainsi qu'un hommage au King, Elvis Presley).
Mais le meilleur moment de ce disque, qui n'est peut-être pas encore reconnu à sa juste valeur, est le poignant
« Got to Give It Up », auto-adresse lucide de Phil Lynott à propos des dangers de l'alcool et de la came. Ici, Gary Moore (c'est le seul disque studio de Thin Lizzy où on l'entend) n'en fait pas trois tonnes comme dans la plupart de ses albums, son jeu se mariant bien avec celui du plus discret Scott Gorham.
Mais quand le groupe se plante, c'est aussi pour de bon, hélas, avec le maladroitement punky
« Get Out of Here » (co-signé par l'improbable Midge Ure), l'embarrassant
« S&M » (une sorte de parodie du Velvet Underground) et le lourdingue « With Love », dédié à une mystérieuse Française dont Phil Lynott fit apparemment la conquête lors des séances : aucun album studio de Thin Lizzy n'était destiné à être sans défaut...
Heureusement, la fin est à nouveau de haute volée avec
« Black Rose (A Rock Legend) » (ou en gaélique : « Roisin Dubh »), une suite formidable comme Thin Lizzy les affectionnait et où s'affrontent les fantômes de la mythologie celte et les cow-boys hollywoodiens. En tout cas, si ceux qui détestent Gary Moore ne doivent avoir qu'un seul disque où il joue, c'est bien celui-là.
Frédéric Régent - Copyright 2019 Music Story