Critique
Après
Hours en demi-teinte,
Heathen est un nouveau départ pour David Bowie qui pendant l’année 2001 va soigner le nouvel ouvrage. Au terme de vingt-deux ans de brouilles, Bowie retourne à son producteur fétiche des années 70 Tony Visconti et fonde une structure indépendante ISO en attendant un nouveau contrat.
Heathen est un de ses albums les plus accomplis. On est frappé par la grande cohérence tant au niveau sonore qu’en termes d’écriture. David Bowie, qui a prouvé sa pertinence à intégrer les mouvements techno et drum’n’bass, montre ici qu’il est encore un grand compositeur de pop. Le 1er morceau
« Sunday » est époustouflant de maîtrise : une délicate boucle de guitare accompagne un chant profond et habité pour se terminer en superbe explosion rythmique.
Sur
«
Slip Away
», les arrangements célestes de
« Man Of Words, Man Of Music » viennent à l’esprit. N’hésitant pas à se servir de son passé, il ressort le «stylophone » synthé antédiluvien qu’il utilisa sur …
« Space oditty ». La progression languissante du titre et la souplesse du chanteur font de
« Slip Away » une de ses plus belles balades.
«Slow Burn », où apparaît le guitariste des Who, Pete Townshend, ramène aux grandes heures de
Scary Monsters et de son rock déchiqueté et conquérant.
Sur
« Afraid », rock lyrique ébouriffant, et la ballade maquillée d’électronique
«I Will Be Your Slave », les cordes de Tony Visconti brillent d’un éclat souverain et portent les titres à des sommets imprévus. Saluons aussi
« 5-15 » et
« Heathen (The Rays) » deux pièces maîtresses alliant une grande finesse rythmique à un climat aérien digne de
Outside .
David Bowie rend hommage à ses artistes favoris avec trois reprises. Il reprend le nerveux
« Cactus » des Pixies dans une version plus sage mais fidèle à l’esprit dérangé du leader Black Francis. Le rocker canadien Neil Young, est remercié sur une reprise vigoureuse du très folk
« I’ve Been Waiting For You » perle de son premier album éponyme. David Bowie salue ainsi l’un des rares de sa génération qui continue à influencer (tout comme lui) des artistes récents comme Nirvana, Pearl Jam et autres Smashing Pumpkins. Plus étonnante est la relecture de
« I took a space.. » morceau du Legendary Stardust Cowboy chanteur country déjanté qui contribua à inspirer le personnage de Ziggy Stardust. La reprise distillant un rock « electro » assez rude détonne par rapport aux autres titres.
Heathen confronte un song writing irréprochable à une production ample et recherchée. Une recherche de spiritualité emplit tout le disque à l’image des trois livres présentés dans le livret :
Le gai savoir de Nietzsche,
L’interprétation des rêves de Freud et
La théorie de la relativité d’Einstein.
François Bellion - Copyright 2019 Music Story