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Ce qui frappe d'abord à l'écoute de Cecil Taylor, c'est sa prodigieuse énergie, la relation très physique qu'il établit avec son piano. Le phrasé de Taylor est presque toujours percussif. Il cogne, martèle ses touches avec brutalité et urgence, pressé de transmettre son message. Comme Thelonious Monk et Herbie Nichols avant lui, Cecil Taylor est un des très rares pianistes à posséder un langage personnel, un univers musical à décliner. Enregistré en 1959, Love For Sale reflète bien l'acuité de sa vision qui, aussi étrange qu'elle paraisse, repose bien sur des règles. Tout ici est soigneusement organisé. La section rythmique assure un tempo régulier, les chorus des souffleurs gardant une structure toute classique, car ancrée dans le bop. Ce qui étonne, c'est bien sûr la manière dont Cecil Taylor improvise. Les thèmes ou ce qu'il en reste ne sont plus que les points d'appui d'un flux de notes, de clusters sans tonalités précises, une matière sonore très dense sans cesse en mouvement et toujours fascinante. --Pierre de Chocqueuse