Amazon.fr
Après expulsion de la Chambre avec vue d'Henri Salvador qu'elle retapissa avec raffinement en compagnie de Benjamin Biolay, son fidèle complice, Keren Ann, révélation ingénument éthérée de l'année 2000, continue à baliser sa route de folk songs mélancoliques. La Disparition, deuxième album sensuel tissé d'instruments acoustiques (guitares, cordes) et de boucles électroniques, ravive le temps de l'innocence de Françoise Hardy, Jeanne Moreau ou Jane Birkin. Tel un voyage sentimental commenté avec élégance, elle cite Mallarmé, navigue entre radeau et méduse, et vibre aux sons de la harpe de "Surannée". Et ses histoires ont le goût des amours défuntes décrites par l'homme à la tête de chou. Lumineusement crépusculaire. --Sabrina Silamo
Description du produit
LA DISPARITION
Critique
Deux ans après La Biographie de Luka Philipsen, dont la sortie simultanée avec celle de son "Jardin d'hiver" pour Henri Salvador, avait permis à la jeune femme de s'imposer, avec Benjamin Biolay, comme le tandem de songwriters le plus brillant et prometteur de sa génération, Keren Ann nous livre un nouvel opus au titre pour le moins étrange. Moins conceptuel que La Biographie... et plus éclaté dans son inspiration mélodique, ce nouvel opus n'en demeure pas moins remarquable de grâce et de luminosité : toujours aussi fidèle aux thèmes qui lui sont chers et confèrant à son univers toute sa cohérence (la fuite du temps, l'incommunicabilité, l'inguérissable mélancolie, la quête du bonheur...), la jeune femme, aujourd'hui âgée de vingt-huit ans, semble désormais libérée de ses limites vocales, dont elle tendrait presque à jouer avec la malice d'une enfant, tout en teintant ses élégantes ritournelles sentimentales d'un humour complice et d'une distance réjouissante (cf. "Mes pas dans la neige", "L'Illusionniste").
Entre autres moments de trouble partagé avec la douce chanteuse, on retiendra surtout le mariage délicat d'une guitare acoustique nonchalante et d'aériens violons sur "Au coin du monde" (premier extrait), l'original mi-folk mi-R&B "La Corde et les Chaussons", au climat à peine perturbé par un effet vocodeur bienvenu, le presque dérangeant "La Disparition", et surtout "Le Sable mouvant", assurément la meilleure chanson de l'album, sur la difficulté à faire silencieusement le deuil d'un amour.
Autant d'instants suspendus dans le temps et l'espace qui achèvent de faire de Keren Ann une héroïne majeure de la chanson française et, même si c'est devenu un lieu commun de l'affirmer, la plus digne héritière de Françoise Hardy dans l'art difficile du chuchotement. -- Platine