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"Intimiste" est le mot qui convient le mieux pour qualifier cet album. On ne peut en effet imaginer plus fragile et plus inquiet, tant chacune des chansons rassemblées ici touche au plus profond de ce qu'est la Chicagoane Patricia Barber qui aurait pourtant pu succomber à la facilité des standards. À cela, elle a préféré rendre un hommage indirect, ému – et émouvant en retour – à ses pairs, parmi lesquels Antonio Carlos Jobim, Cole Porter, George Gershwin... Deux autres noms viennent également spontanément à l'esprit – elle les cite d'ailleurs sur le disque –, ceux de Mose Allison, et son blues blanc si singulier et expressif, et Joni Mitchell, la frémissante prêtresse du folk teinté de jazz, que le dernier morceau, "If I Were Blue", évoque intensément. Accompagnée par des musiciens que l'on aura quelques scrupules à appeler des "sidemen", tant ils jouent avec une évidente complicité qui évoque plutôt la cohésion d'un véritable groupe, Patricia Barber livre la quintessence de ses préoccupations, tant musicales que personnelles. À la trompette, Dave Douglas offre le plus raffiné des contrepoints, notamment sur "I Could Eat Your Words", tandis que le guitariste Neal Alger et le bassiste Michael Arnopol, deux fidèles, mais aussi le subtil batteur Joey Baron et un ensemble de cordes, peaufinent le plus beau des écrins à cette voix qui, pleine de poésie et cultivée, n'hésite pas à chanter les "Romances sans paroles" de notre Verlaine. --Hervé Comte