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À la demande insistante du producteur Daniel Toscan du Plantier, le cinéaste Benoît Jacquot a accepté de pénétrer le monde de l'opéra, jusqu'alors inconnu pour lui. La réussite de son film, vraiment original, tient en bonne partie à la nouvelle version discographique réalisée par Antonio Pappano, à la tête de l'orchestre du Covent Garden de Londres. On reste abasourdi devant sa direction flamboyante qui, pourtant, ne sombre jamais dans la vulgarité, en préservant les moindres nuances de cette partition multicolore. La distribution réunie autour de lui est simplement idéale, avec un trio vocal, qui s'inscrit d'emblée dans la légende lyrique. On a pu critiquer parfois les choix musicaux et esthétiques de la soprano Angela Gheorghiu et du ténor Roberto Alagna, mari et femme à la ville. Mais, dans le répertoire vériste, et chez Puccini en particulier, leurs voix chaudes et amples peuvent s'épanouir sans contrainte et libérer tous les feux de la passion. Hasard de l'histoire : Hariclea Darclée, la créatrice du rôle de Tosca, en 1900, qui suggéra au compositeur de lui rajouter un air (le fameux
Vissi d'arte), était roumaine comme Angela Gheorghiu. Le couple d'amants se retrouvera dans la mort, anéanti par l'ignoble et lubrique Scarpia, magistralement incarné par le grand Ruggero Raimondi, dont la noirceur diabolique glace le sang.
--Franck Erikson