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Yann Tiersen est un compositeur qui aime se faire désirer. Après ce long silence cinématographique qui suivit le succès titanesque du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, sa douce et poétique musique où les rêves deviennent réalité, le compositeur au style cristallin revient sur une production allemande. Passé la surprise du projet, le film de Wolgang Becker nous replonge directement dans l'univers si touchant et subtil de cet intuitif inclassable qui cultive un art du mystère et de l'évanescence assez fascinant. La mélodie douce-amère au piano qui ouvre l'album ne laisse planer aucun doute sur la nature du langage, de même que l'émergence d'un orchestre lunaire, finement dirigé par Guillaume Bourgone, respire la musique de Yann Tiersen d'un bout à l'autre de la partition. Preuve d'un talent rare et précieux qui se nourrit volontiers aux sources d'un Michael Nyman, avec un peu plus d'envergure encore dans la fragilité fugitive, ou même d'un Erik Satie qu'il évoque volontiers dans le morceau titre, Goodbye Lenin est imprégné dans tous les recoins de son tissage instrumental d'une identité musicale forte qui ne ressemble à aucune autre. Rares sont les compositeurs qui sont aujourd'hui capables de susciter autant d'émotions et de sensations avec si peu d'effets, si peu de volubilité dans l'expression, la musique prenant son temps pour mieux s'épanouir au rythme de ses respirations. Une approche contemplative et libérée de la précipitation du monde moderne somme toute appréciable, une peinture des émotions simples et naturelles qui s'illuminent au milieu de la grisaille et de l'uniformisation. La finesse des mélodies, l'originalité envoûtante de l'instrumentation et la fluidité de l'écriture se chargent de nous transporter sans délai vers une dimension où la pesanteur du quotidien n'a pas de prise, où les contraintes d'une société en mal de vivre s'évanouissent pour revenir à l'essentiel de l'âme humaine. Sans prétention ni démonstration, ce qui rend le geste artistique encore plus beau, encore plus éloquent. Peu de compositeurs sont capables de nous faire rêver, sourire et pleurer avec une telle profondeur dans la simplicité. Amoureux d'Amélie Poulain, la mélancolie rêveuse de Yann Tiersen vous tend les bras, la saveur capiteuse du bonheur éphémère au bout des lèvres. Sa plume marginale et lumineuse fait tout le prix de l'art, tout l'essence de la musique. --Jean-Christophe Arlon