Critique
C'est incroyable mais vrai : remise sur la sellette grâce à ses deux derniers albums studio Genre humain (1995) et Les Palaces (1997), lesquels avaient surtout touché des afficionados urbains et branchés (avec, en tête du défilé, notre ami Étienne Daho en capitaine des Kékés), la déjantée Brigitte Fontaine semble enfin amuser le grand public, à en croire son entrée fracassante dans le top avec cet album des plus avant-gardistes, comme à son habitude depuis ses débuts néo-dadaïstes.
Réussissant l'exploit d'être honorée par plusieurs générations, Brigitte s'est entourée de la fine fleur pop-rock de France et de Navarre pour habiller les poésies nées de son imagination débridée : sans désavouer son compositeur de mari Areski, dont la présence bienveillante plane sur l'ensemble des titres, cette Queen pas comme les autres s'est en effet offert les services de Sonith Youth ("Kekeland"), de M. (sur la reprise d'Andrex "Y'a des Zazous", également réalisateur de Pipeau et Rififi), des Valentins ("Les Filles d'aujourd'hui", une reprise des années 80), de Ginger Ale ("God's Nightmare"), de Bertrand Cantat et Noir Désir (sur le duo "Baby Boum Boum", une reprise de 1979) et de Loo et Placido ("Je fume").
Plus NRV que jamais, celle qui déclarait-il y a peu "Je suis conne", nous démontre le contraire en pestant contre le jeunisme ambiant, l'anti-tabagisme ou la mièvrerie de l'amour lorsqu'il devient une valeur marchande qui s'étale : autant de points de vue aussi personnels qu'explosifs et politiquement incorrects, qui donnent toute sa saveur jouissive et sa modernité à cet électrissime Kékéland. Qu'on se le dise, madame Fontaine est un très grand auteur, trop peu sollicitée à notre goût, et une artiste majuscule dont on boirait chacune des paroles jusqu'à la lie. -- Platine
Chanson Rock déjantée. Des asticots dans l héroïne, ça me dégoûte pour de bon. Dorénavant je bois du gin avec des sorbets aux marrons C est dans ces termes choisis que s ouvre Kekeland, le dernier album de la grande prêtresse underground des années soixante-dix. Demie Clocharde , comme elle se plait à se définir, Brigitte Fontaine n en est pas moins la reine de Kekeland, pays imaginaire et fantasque qui a un pied dans l Île Saint-Louis et l autre dans sa Bretagne natale. Sonic Youth, Noir Désir, M et bien d autres sont venus lui prêter main-forte. Le contenu est hétérogène et terriblement attachant à l image de la diva. Un album rock, mais aussi atypique, énervé, drôle et faisant fi de toutes contraintes commerciales. - 13 titres, 55m 09s - -- Compact
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L'explosive Brigitte Fontaine, sur le qui-vive depuis plus de trente ans, continue ses incartades loin des normes de la variété formatée. Elle a invité quelques olibrius tels M, Noir Désir ou encore Les Valentins, en son domaine de Kekeland, pour faire la peau à la bienséance musicale. En un parcours chaotique et ludique, elle prend le maquis entre les rythmes reggae ("Je fume"), le rififi rock ("Baby Bom Boom") et la pop veloutée ("Les Filles d'aujourd'hui"). Les vaches maigres désormais tenues à distance, elle enfile le costume de la "Demie clocharde", la bouche pleine d'asticots et de gin, écoute Björk et Fauré, et déclare que l'amour c'est du "Pipeau", bon pour les gogos.
Adulée par l'internationale du rock indé des New-Yorkais de Sonic Youth aux Anglais de Stereolab, la diva Fontaine consolide sa position de franc-tireur, planquée derrière les mélopées irrésistibles d'Areski Belkacem, son fidèle complice depuis trente ans. À Kekeland, Brigitte Fontaine fait des collages avec Les églantines (sont peut-être formidables), Le Nougat et autres Morceaux de choix. C'est son genre. Genre humain. --Sabrina Silamo