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Aphex Twin le technomonstre, le fou numérique à l'image forte. Ce nom électronique hyperfédérateur, reconnu dans les cercles techno de toutes obédiences, est aussi l'ami d'un public pop-rock attaché au ressenti émotionnel intense – névropathe – de son œuvre. Ainsi, le musicien surdoué, capable de techno émue, organique comme l'on dit, est doté d'une envergure unique parmi les artistes dont le sang est sample. Quand les filles disent "Björk !" en pointant la gorge, les garçons rétorquent "Aphex Twin.", l'air sûr de soi et entendu. Bon.
Porté au pinacle depuis les EP Come To Daddy et Windowlicker promus par les clips malsains de Chris Cunningham, D. James s'était muré dans un silence protecteur. Légumisé devant sa Playstation ou plongé dans ses synthétiseurs d'images, s'effrayait-on. Mais fi : Drukqs est un double album sur lequel la percée avant-gardiste n'est pas aussi fulgurante que sur l'album Richard D. James. Dépositaire désormais d'un univers sonore identifiable entre tous, l'Aphex (du nom de la marque de processeurs d'effets AFX ?) s'y promène comme l'un des enfants pervers que ses clips schizo agitent comme des rats du labo de son cerveau. Drukqs joue plus la circonvolution horizontale que le feu d'artifice stratosphérique, donc.
Toujours, cette drum'n'bass flippée, régurgitée de séquenceurs maltraités et de samplers pliés en 2 par un effort contre-nature. Les déchaînements breakcore s'encastrent dans des nappes d'une inhumaine pureté, après quoi des passages exécutés au piano soulignent qu'Aphex sait jouer l'émotion hors numérique. Ce double album amène la syncope digitale à un orgasme dû à la longueur de l'objet et la finesse de ses programmations, d'où l'effet forage ("drill" en anglais) de cerveau, drill'n'bass. Unique, évidemment, Drukqs laisse les enchaîneurs de BPM à leur froide musique dépersonnalisée et remplit son contrat : laisser les suiveurs à leur manuel d'utilisation du sampler quand lui pare l'air de volutes névrosées.
Excellent trop long disque de producteur, Drukqs fédère, ralliant les uns sur la base d'étirements emphatiques autorisés par le format double, les autres conquis dès le titre. Ou bien le sous-titre : "Come on You Cunts Let's Have Some Aphex Acid". Miam. --Florian Pittion- Rossillon