Critique
Ne vous fiez pas à son air volontairement un peu simplet sur la pochette, ce nouveau venu découvert en 2000, en première partie de M, puis de Souchon, a plus d'un tour dans son sac à malices. Sur les traces de Mathieu Boogaerts, Polo, ou M (qui coréalise cet opus avec Jean-Benoît Dunckel d'Air, Pascal Briat et Pascal Colomb, sous la direction d'Étienne de Crécy), Stremler a choisi la voie de la chanson minimaliste et de la douce ironie pour se faire entendre. Délicieusement décalées, ses chansons dépeignent un univers intimiste, très personnel, toujours sur le fil du rasoir, à mi-chemin entre la complainte et la douce moquerie. Assumant pleinement ses références à la chanson française traditionnelle (de Vian à Sheller ou Polnareff), Stremler nous livre un album à double détente, qui cache derrière un apparent classicisme formel des trésors d'absurdité et de distance. Notamment vis-à-vis de lui-même ("Je ne suis Dieu que pour elle", "Une proie facile"), ou encore du show business, tendrement caricaturé sur le titre d'ouverture : "Ma femme est photographe". D'Ardisson, à Chamfort, Adjani ou Clerc, tout le monde y passe... Dans sa galerie de portraits se croisent également une poupée siliconée, égarée dans "La Baie de Concarneau" (allez savoir pourquoi...), une "Marguerite" aussi crève-cœur que celle de Cocciante, une copine ramollo "Pas tonique" pour un sou, ou les héros ordinaires de la fameuse "Fracture sociale". Reste à vérifier si Stremler saura renouveler ce premier exercice de style dans un créneau aussi casse-gueule. -- Platine