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Si Jane Birkin chante à nouveau Gainsbourg, c'est pour un ultime hommage qu'elle a voulu aussi libre que léger, et pour lequel elle reprend des chansons de son Pygmalion qu'elle n'avait jamais interprétées, à l'exception d'une. De celles qui ont jalonné ses débuts, comme "Ce mortel ennui", "Elaeudanla teïtéïa", "Couleur café" ou "Elisa". De celles qu'il a offertes à d'autres interprètes, comme "La Gadoue" à Petula Clark, "Comment te dire adieu" à Françoise Hardy ou "Le Mal intérieur" à Isabelle Adjani. Mais là ne réside pas le seul intérêt de cet album. Il est bien plus dans la volonté de Jane Birkin d'apporter à chacune de ces 15 chansons des orchestrations nouvelles et toutes différentes. Ce pour quoi elle s'est entourée de talents aussi divers que les Négresses vertes, Daran et les Chaises, le pianiste Jeff Cohen, le guitariste américain Sonny Landreth, l'organiste jazz Eddy Louiss, le percussionniste africain Doudou Ndiaye Rose, etc. Pour des versions surprenantes de diversité et de contrastes, d'énergie et d'insolence, tour à tour mélancoliques et facétieuses, grunge et hip-hop, qui nous donnent à redécouvrir Gainsbourg. Avec des mentions spéciales pour le sobre "Physique et sans issue", le subtil "Dépression au-dessus d'un jardin", l'émouvant "Sorry Angel", les cristallins "Ces petits riens". Jane Birkin, quant à elle, rigolote ou bouleversante à souhait, y chante mieux que jamais. --Sylvie Devilette
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Versions Jane Jane Birkin
Critique
On les imagine les mauvais esprits : d'abord les "aquoibonistes" qui s'interrogent sur l'intérêt de reprendre des titres de Gainsbourg ou de ses interprètes (Clark, Deneuve, Adjani...), en les assaisonnant d'arrangements tout neufs, quand les originaux du grand Serge avaient déjà une longueur d'avance, question modernité. Et puis, les puristes qui crient au sacrilège à l'écoute de "La gadoue" entre les mains des Négresses Vertes, ou d'"Elisa" violemment revisitée par Daran et les Chaises. Heureusement, il y a tous les autres : ceux qui savent combien son art est plus vivant que jamais, et qu'à ce titre, il appartient à tout le monde. Et surtout à Jane B., sa muse pour l'éternité, la seule à pouvoir se frotter avec humilité et démagogie à un exercice aussi périlleux. Plus émouvante et fragile que jamais, Jane la diaphane prête sa voix, tendue à l'extrême, à 15 titres plutôt issus de la période pré-Gainsbarre et qu'elle n'avait jamais enregistrés (à l'exception de "Exercice en forme de Z" et de "Physique et sans issue"). Aux arrangements, les pointures se bousculent, de Jean-Claude Vannier à Goran Brégovic ou Philippe Delettrez. Comme sur ses derniers albums (Lost Song, Amours des feintes), la chanteuse-actrice semble se confondre de façon troublante avec celui qui ,lui aussi, s'était toujours essayé à de nouvelles couleurs musicales... -- Avril 1996