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1957, Gainsbourg a trente ans. Délaissant pinceaux et crayons, il fréquente la scène exiguë du cabaret Milord l'Arsouille, club bcbg de la rive droite, fréquenté par quelques bourgeois friands en quête d'aventures non conformistes. Il accompagne au piano Michèle Arnaud, égérie de la bohème immortalisée par Aznavour, et traîne dans les boîtes de jazz par amour pour Dizzie Gillespie, Art Tatum et Ray Charles. En ces temps existentialistes où l'on croise Greco au bras de Miles Davis, Patachou ou Catherine Sauvage, il sort un premier album, Du chant à la une, avec le soutien d'Alain Goraguer et son orchestre. Emballé par quelques mots de Marcel Aymé, il y chante "Le Poinçonneur des Lilas" (repris bientôt par Les Frères Jacques), "L'alcool", "La Recette de l'amour fou". En 9 titres, ce poète aux oreilles décollées et à la timidité maladive adopte l'attitude caustique et dédaigneuse des dandys du Quartier latin. Dérision oblige ! --Sabrina Silamo