Amazon.fr
Premier disque de Chris Potter pour une "major" qui l'a signé après qu'il eut reçu à Copenhague le prestigieux Jazzpar Prize, Gratitude est à la fois passionnant et un brin décevant. Passionnant parce qu'on y suit une nouvelle étape de l'évolution d'un des saxophonistes les plus prometteurs de sa génération (celle des tout jeunes trentenaires). Décevant parce que cette série d'hommages à ses aînés (Coltrane, Rollins, Hawkins, Young, Shorter), majoritairement composés par Potter, semble lui avoir été soufflée par un producteur avant tout soucieux d'inscrire son poulain dans la lignée de ses illustres ancêtres. Autant le multi-instrumentiste (soprano, alto, ténor, clarinette basse et même flûte de bambou) peut être renversant en public (qu'il joue en sideman de Jim Hall ou de Dave Holland) ou avec son propre groupe, autant on le sent ici bridé, et son inventivité n'apparaît qu'au détour de phrases par ailleurs parfaitement construites et jouées avec une virtuosité évidente. Son groupe régulier, qui l'accompagne ici, est par ailleurs irréprochable et chacun de ses membres (lui-même leader de son côté) est un des musiciens les plus en vue du moment sur son propre instrument. Reste qu'on attend d'un musicien aussi doué que Potter davantage qu'un excellent disque un peu trop "premier de la classe". --Thierry Quénum