Résumé
Mantra (1970) de Stockhausen n'est pas tellement une oeuvre pour deux pianos, mais plutôt une aventure pour deux pianistes. Outre leurs 88 touches, les instrumentistes doivent jouer des percussions, ou encore marmonner des syllabes mystiques, régler des filtres sonores électroniques, bref, effectuer sur scène un parcours quasi-théâtral, allant du drame à la farce, pendant les 67 minutes ininterrompues que dure l'oeuvre.
La construction de Stockhausen repose sur une formule de base tout à fait simple, une série de treize notes - les douze notes d'une série habituelle, suivies de la redite de la toute première note -, qu'il répète à l'envi, dans toutes les modifications possibles et imaginables : inversions, augmentations, diminutions, étirement des intervalles etc. tandis que chaque note possède ses caractéristiques de jeu, de durée, d'accentuation et autres singularités. Certes, l'auditeur non-initié ne saura pas reconnaître ce cahier des charges, pas plus sans doute qu'il ne reconnaît le polygraphe du cavalier et bi-carré latin orthogonal d'ordre 10 qui rythment implacablement La Vie, mode d'emploi de Perec. On peut donc écouter Mantra sans se poser la moindre question, comme une oeuvre purement musicale, hypnotique et envoûtante.
Abeille Musique © 2010
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