Comme l'indique le titre de ce disque, la valse musette, compagne naturelle d'un compositeur qui la pare de ses plus riches atours harmoniques (Vignane, La Joliette), mène le bal ; mais elle est loin d'en être la reine exclusive. Quand elle ne mêle pas son souffle aux palpitations d'une bulería (Valseria), elle s'efface devant les autres beautés qui font tourner la tête d'Alain Debiossat. Rythmiques africaines saisies par l'esprit de la transe gnawa (Sommeil de l'ange) ou par la douce ivresse de la contemplation (Terres bleues), plages de calme pur (NoSpeed) et étreintes enfiévrées du jazz et du groove (Troubadour Blues, Gala de prestige, Phase), mélopées circulaires (Why did you choose these shoes ?). Ces variations de langages, de dynamiques et d'humeurs ne sont pas la marque d'un étalage de compétences ou d'un éparpillement stylistique sans rime ni raison : elles sont le reflet d'une recherche permanente de l'équilibre, de la mixture de couleurs qui donnera toute sa justesse au tableau final. Sensible à la formule souple et resserrée du trio, il s'est adjoint deux créateurs rythmiques de choix avec le contrebassiste Diego Imbert, autre passe-murailles notoire, et le percussionniste de Sixun Stéphane Edouard. Autour de ce noyau de base virevolte tout un cortège de présences amies : la tribu Sixun au complet (Paco Sery, Jean-Pierre Como, Michel Alibo et Louis Winsberg), trois accordéonistes adeptes des échappées belles (Didier Ithursarry, Lionel Suarez et René Lacaille), un saxophoniste (Olivier Temime) et un trompettiste (Claude Egéa) au souffle brûlant, un musicien malgache à la présence magnétique (Jean-Charles Kely), un jeune guitariste prometteur (Matthis Pascaud), sans parler du batteur Jean-Marc Périssat, avec lequel notre homme a jadis accompli ses premiers pas de jazzman.