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Pour ce qui est d'inclure sa culture classique et jazz au sein de ses films comme un élément essentiel, qui ne sert jamais de faire-valoir mais révèle leur essence, Alain Corneau s'était déjà distingué en confiant à Jordi Savall le soin de rassembler et interpréter l'univers musical de Tous les matins du monde. En reprenant une version scintillante des Variations Goldberg pour constituer la bande originale de Stupeur et Tremblements, d'après le roman éponyme d'Amélie Nothomb, il pousse encore plus loin la confusion du classique et de la musique de film en radicalisant son approche. Une vision très personnelle de la musique au cinéma qui trouve sous les doigts experts de Pierre Hantaï une résonance unique, qui démontre la pertinence du cinéaste dans sa façon de transposer un monde dans un autre en parvenant à les accorder. Entre fluidité, lisibilité et distinction, le claveciniste éclairé, à qui l'on doit notamment un remarquable Clavier bien tempéré, livre 1 chez Mirare, s'émancipe de ses aînés en apportant un vent de fraîcheur sur les pièces de Jean-Sébastien Bach, distillant une poésie aérienne qui en renouvelle la vision. En choisissant cette lecture étincelante plébiscitée par la critique, Alain Corneau ne réussit pas seulement un bon coup musical, garantissant le succès de son disque, il fait montre d'un vrai talent dans sa façon relier deux époques séparée par 260 ans, naturellement réunies par la musique universelle et intemporelle de Jean-Sébastien Bach. Preuve que la musique de film se nourrit habilement de tous les courants musicaux, et qu'il assume comme aucun autre genre son héritage classique. La filiation est ici explicite, mais ce n'est que la (brillante) partie émergée de l'iceberg. Lumineux. --Jean-Christophe Arlon