Critique Ce troisième album du pianiste de Pittsburgh eut une considérable influence, non seulement sur sa carrière, mais également sur tout le développement du jazz moderne (et on mesure mieux à l’écoute de cette petite demie-heure de pur ravissement où Brad Meldhau puise sa vision des structures musicales). On sait la vénération (et l’homme était rare en distribution de lauriers) que vouait Miles Davis à l’art du trio jazz ainsi exposé, à son utilisation comme d’un instrument à part entière, aux structures savantes développées, à la connivence (parfois proche de la rivalité) unissant les trois musiciens en présence, et à l’utilisation faite du silence comme un élément prépondérant de la musique. Naturellement, pour enregistrer un chef d’œuvre, il faut construire un collectif, et c’est le cas avec le batteur Vernell Fournier et le contrebassiste Israel Crosby. Tous trois jouent, certes yeux fermés, mais oreilles absolument ouvertes, chacun parfaitement complémentaire des impulsions et inspirations des deux autres. Les thèmes retenus (de Gershwin à Dizzy Gillespie, en passant par Oscar Hammerstein) sont tous des standards, ou le deviendront, et la version offerte de « Poinciana » connaîtra la gloire du tube (à l’échelle de la musique de jazz, s’entend). Ahmal Jamal at the Pershing: But Not for Me reste assurément le chef d’œuvre d’un jeune homme alors simplement âgé de vingt-huit ans, et l’un des enregistrements majeurs d’une décennie pourtant riche en belles réalisations.Christian Larrède - Copyright 2019 Music Story