On espérait depuis longtemps un Rendez-vous avec Manu. Comme une lettre d'un être cher dont on était sans nouvelle, mais qui revient enrichi par la vie, ce premier album solo enthousiasme autant qu'il réconforte. Il aurait été dommage de ne plus entendre la voix d'Emmanuelle Monet. Au sein de Dolly, en quatre albums, elle avait été une des premières en France à conjuguer orage électrique et sensibilité mélodique, avec ce sens de la tension et de la dynamique qui était jusque-là réservé à Nirvana, Smashing Pumpkins et consorts. Plus encore qu'avec Dolly, Manu a travaillé le jeu des contrastes. Avec elle, l'épure la plus à vif peut vite s'enrichir d'une symphonie orageuse, la tension la plus sombre se doubler d'une mélodie lumineuse, une mélancolie brise-coeur se charger d'une sensualité torride. Ce jeu entre calme et fièvre, magnifiquement illustré dans Tes cicatrices - passant d'une intro suspendue à une averse de guitare -, habite une production capable de concilier la pureté des harmonies vocales, la subtilité de touches électroniques et acoustiques, avec des six cordes de plomb, une cavalcade de western (l'irrésistible Cow-boy) et une batterie d'airain. On a hâte de voir ce que donnera en concert cette éclatante renaissance discographique.