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Objet musical non identifié, la bande originale de Sansa est intimement liée au film qu'elle accompagne. Elle l'est par l'étrangeté et la forte personnalité de cet univers imaginé par le cinéaste et photographe Siegfried, par l'identité du compositeur, Sig, qui n'est d'autre que le metteur en scène lui-même. Devant ce film gonflé qui assume jusqu'au bout toutes les directions qu'il prend sans forcément les choisir, telle une errance insaisissable, on était en droit de s'attendre à un choix musical singulier. Autant dire que l'attente est comblée et le choix en question inattendu dans sa singularité : on connaît le métissage en musique de films, Sig le pousse vers des horizons encore jamais exploités. Rien n'est clairement défini, la démarche parfois hésitante, l'écriture spectrale, le sentiment d'improvisation total, la vagabondage bluffant... À la lisère du jazz et du trip-hop, du classique et du contemporain, la musique désincarnée de Sig se nourrit d'abord à la source de grands interprètes (le saxophoniste Steve Lacy, le trompettiste Erik Truffaz, la chanteuse Nya, le violoniste Ivry Gitlis, qui joue un chef d'orchestre dans le film) comme autant de personnages dissemblables, complémentaires, qui errent, se cherchent et quelquefois se rencontrent. La rencontre est parfois déroutante, elle est toujours insoumise. L'anticonformisme poussé à cet extrémité pourrait être attribué à un poseur, un artiste qui se distingue par principe pour se préserver de toute récupération, exister par lui-même. Il n'en est rien et on se surprend à constater que la magie opère bel et bien, même si rien ici n'est absolu, rien n'est complet, rien n'est abouti. Les impressions s'assemblent et se défont pour former au bout du compte une énigme d'autant plus passionnante qu'elle n'est jamais résolue. --Alexis Morain