Bruno Putzulu ? Le comédien ? Il chante lui maintenant ?! Voici la première réflexion que vous pourriez avoir en recevant ce disque. Et celui-ci d'atterrir sous la pile des productions incessantes. Prenez le temps de glisser le premier disque de cet ancien pensionnaire de la Comédie Française dans votre platine. « Dans ma p'tite tête, c'est pas tranquille, ça doute, ça cherche, c'est trop fragile. » Les premiers mots de l'album donnent le ton : une poésie de l' « intranquillité », de la nostalgie, de la mémoire, de l'amour perdu et des souvenirs brûlés. César du meilleur jeune espoir en 1999, Bruno Putzulu, fidèle de Tavernier, de Mocky, croisé chez Godard, Jacques Audiard, Tachella, ou encore James Ivory se révèle être un chanteur délicat, à la voix douce et vulnérable. Enfant, il écoutait et chantait Le Forestier, Yves Simon, Reggiani, aujourd'hui il admire Allain Leprest (il a participé au dernier « Ils chantent Leprest » paru en décembre 2009). Il nous invite à visiter Toutainville, son village normand «défiguré par l'autoroute, où les bals ont disparu et où les enfants restent maintenant scotchés à la télé». Nous croisons ses potes d'enfance, l' « Ami » et les « balades à mobylettes qui sentaient bon la liberté », avec cette sensation d'éloignement des gens et des souvenirs dû au temps qui passe et qui glisse, dans « Quand j'étais p'tit ». Et cette envie, profonde, de partir, de s'évader « Tchecker, mettre les voiles (.), se faire la belle ». La fidélité de l'amitié, l'attachement à l'enfance et l'inconstance de l'amour, de manière violente dans « Poupée à fric » ou poignante dans la reprise de la chanson d'Yves Simon « J't'aimais, j't'aime plus » en duo avec la chanteuse Elsa. Les compositions et arrangements de Bob Lenox sont intemporels, un support intime à la poésie mélancolique de Bruno Putzulu qui navigue en solitaire dans ce « Drôle de Monde » (musique qu'il a composée lui- même, ainsi que « l'Amour »), qu'il dépeint. Un drôle de monde instable, un peu effrayant, et si désirable. Quelques expériences d'écriture provoquées par des rencontres - un livre d'entretiens avec Philippe Noiret, une chanson pour Johnny Hallyday et des chroniques dans «L'Équipe Magazine»- m'avaient chatouillé la plume. Comme l'envie de chanter me chatouillait aussi depuis longtemps, cela se traduisit par des petits textes qui pouvaient bien avoir l'air de chansons. Mais « c'est l'air qui fait la chanson» et ce fut une nouvelle rencontre, celle de Bob Lenox, compositeur présenté par mon ami Tony Baillargeat qui donna corps à tout ce qui n'était alors que velléités. Bob m'emmena dans un studio à Berlin, me présenta des potes musiciens. De retour à Paris je fis la rencontre de Didier Pascalis directeur du label Tacet, je fus touché par la façon dont il me parla de mon travail et d'autant plus quand il me dit se sentir proche de mon univers car j'ai beaucoup d'admiration et un respect égal pour les univers qu'il fréquente comme celui d'Allain Leprest. Mon album serait donc dans les bacs.