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Sous des apparences de mariage contre nature, l'alliance du flamenco et de la chanson française prend tout son sens à travers le travail de cantaores comme Ramon "El Portugués" ou de Charo Manzano. C'est parce que les artistes espagnols ont fait eux aussi un pas vers ces compositions du patrimoine français, que l'alliage fonctionne. Comme s'ils avaient décidé de se retrouver à mi-chemin avec ces chansons de Brel, Ferré ou Aznavour. Du coup, lorsque Ana Salazar, par exemple, entonne "Les Feuilles mortes", certes la mélodie résonne instantanément à nos oreilles, mais le timbre dramatique de la chanson lui apporte une vibration supplémentaire. Et puis le flamenco (moderne ?) ne craint pas les aventures. Il y a longtemps qu'il s'est éloigné du berceau andalou, flirtant avec le jazz, le rock et tout ce qui passe à sa portée. Et quand Yeye de Cádiz entreprend avec alegría, le "Color Café" de Gainsbourg, c'est une vraie rumba catalane. Étonnante aussi la version enlevée, presque joyeuse de "Non je ne regrette rien" par Eva Darán, ou celle, sobre et intense – chantée en français –, de "La Bohème", par Enrique Heredia "Negri". Un hommage en forme de révélation. --José Ruiz
Critique
Avant un spectacle, voici le disque d'hommage flamenco à la chanson française par de nombreux artistes espagnols : Pedro Ojesto, Ramon El Portuguès, Eve Duran (qui a travaillé avec Alejandro Sanz), Antonio Suarez Salazar, Charo Manzano (qui a également travaillé avec Sanz), Montse Cortés, Yéyé de Cadiz, Enrique Hérédia, Manuel de Maria (qui a collaboré avec Los Del Rio), Juan Carrasco Soto, Ana Salazar.
Ces derniers reprennent donc des standards de la chanson française des années 40 ("Les feuilles mortes" de Prévert & Kosma, "C'est si bon" d'Hornez & Betti), 50 ("Plus bleu que tes yeux" d'Aznavour), 60 ("Et maintenant" de Bécaud, "Non, je ne regrette rien" de Dumont & Vaucaire, "Couleur café" de Gainsbourg, "La bohème" d'Aznavour, "L'aigle noir" de Barbara, "Le métèque" de Moustaki) et 70 ("Avec le temps" de Léo Ferré), tous adaptés en espagnol (par Deleyto, Kalfon, De Maria, Ojesto), dont la plupart pour l'occasion...
A l'écoute de ce disque, on se rend compte combien la chanson française s'est exportée (jusqu'aux années 70) et aussi combien une grande mélodie est éternelle et peut traverser les frontières, se faisant déshabiller et rhabiller au gré des modes. Ici, l'arrangement flamenco est une nouvelle expérience des plus heureuses... (A.B.) -- Platine