Critique
Après sa rentrée à Paris cette année, Isabelle est repartie sur les routes. Aujourd'hui, elle revient avec un double CD live dont la sortie coïncide avec celle d'une vidéo et de son premier DVD. En ce qui concerne le CD de 28 titres, on est subjugué par l'avalanche – non pas seulement de succès – mais de grandes chansons. Ces reprises peuvent être des années 50, 60, 70, 80, 90 ou même 2000, la voix d'Isabelle lance des ponts entre les styles, comble le fossé des générations, crée des juxtapositions contre nature mais tellement évidentes.
"Paris canaille", un titre de Léo Ferré de 1952, précède "Tout le monde y pense", du Cabrel 1989. "C'est déjà ça", signé par Souchon en 1994, suit "L'Enfant de Thaïlande", cosigné par Isabelle avec son complice Serge Sentis ainsi que Claude Lemesle (Dassin, Fugain, Reggiani, Dona...) également coauteurs de "Des Cornouailles à l'Oural". Cette dernière fait d'ailleurs partie des chansons récemment écrites pour Isabelle, tout comme : "Je n'ai pas peur du temps qui passe" signée du même Lemesle avec Christophe Marie (A. Dona), "Le Paradis des musiciens" de Belton Richard, et surtout "Un enfant de cinq ans ferait mieux" de Marie-Paule Belle et Françoise Mallet-Joris...
Avec délectation, on retrouve trois titres de Frank Thomas (Dassin, Stone et Charden) et Jean Musy : "Province", "L'Hôtel des Africains" et "L'Éternité Picasso". Quant aux tubes d'Isabelle, ils n'ont pas été oubliés, puisque ce disque vous donne rendez-vous avec : "La Fanette", que Brel lui avait offert après son accident, mais aussi avec "Amsterdam", "Le Plat Pays" et "Les Singes". Également avec le répertoire Ferrat qu'elle a imposé dès 1962 : "C'est beau la vie", "La Montagne", "Deux enfants au soleil", "Nuit et brouillard", "Je ne chante pas pour passer le temps", "Un jour, un jour "(d'après Aragon), "Tu es venu", "Excusez-moi" (excellent titre d'ouverture). Sans oublier Jacques Debronckaert qu'elle sublime dans "Écoutez, vous n'm'écoutez pas !" et "J'suis comédien".
Si on regrette que ce concert ne soit pas à 100 % acoustique, on est, une fois de plus, subjugué par la technique et l'émotion d'une des dernières grandes artistes de music-hall. Cette fille-là est plus qu'une chanteuse, elle est une interprète. Qui, comme elle, peut se permettre de puiser dans six décennies quelques chansons hétéroclites ? De surcroît, en les faisant définitivement siennes en toute légitimité. -- Platine
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