Bertand SOULIER Un disque racé et gainsbourien qui devrait marquer la rentrée musicale D. Varrod LE RETOUR FRACASSANT DE L ELEGANCE SINGULIERE Trois ans après Discorama ou le Best of imaginaire, un premier album dans lequel il s était amusé à concocter des chansons «à la manière de» Michel Berger, Serge Gainsbourg, William Sheller ou encore John Lennon, Bertrand Soulier vient d enregistrer «Single». On pourrait le prendre à son propre jeu en traquant ici et là quelques réminiscences artistiques empruntées à ses aînés, mais ce serait peine perdue En effet, avec ce nouvel opus, le chanteur s inscrit dans un univers aussi personnel que singulier, où s entremêlent avec une rare virtuosité, tendresse et révoltes, impudence et idéalisme, lucidité et férocité. Journaliste (Best, Le Point, Actuel...), publiciste, bassiste dans un groupe glam-rock baptisé «Les chiens de Garde». Bertrand Soulier pratique volontiers l humour un peu noir. Son amie, l écrivain Véronique Ovaldé écrit d ailleurs à son sujet : il sait détester son époque. En fait, ce doux misanthrope déplore surtout que «dans notre pays, certaines catégories de gens souhaitent le pire aux autres». De son passé de publiciste, il a conservé le sens du verbe, du slogan : «Gainsbourg disait qu une chanson, c est déjà un titre. Après c est du remplissage». Au fil des treize chansons qui composent Single, l auteur raconte, sur des mélodies accrocheuses, des histoires où l on devine, en filigrane, sa hantise du temps qui passe. Avec «Retour vers no futur» aux sonorités eighties, on retrouve le thème récurrent des heures qui filent tandis que «Le jour & le noir» évoque ce moment particulier et mélancolique du jour qui décline. Pour le titre «3 30 » qu il a testé sur scène, avec succès, lors d une tournée avec Véronique Sanson, Bertrand s offre un vrai blues du songwriter, confronté aux exigences industrielles. Un c ur tourmenté et déchiré lorsqu il chante «Le mépris», «La Vologne» ou «L invendable Monsieur Machin». Entre désespoir, tendresse et révoltes, on se laisse porter par les notes cristallines du cymbalum qui accompagne «Patiner». Exigeant, Bertrand Soulier se refuse à tracer un plan de carrière, préférant suivre son instinct. «J admire Brel qui a choisi de partir lorsqu il a estimé qu il n avait plus rien à dire». Pour l heure, même si Bertrand Soulier se plaît à naviguer dans les eaux imaginaires des «Îles Eparses», il n est heureusement pas près de s envoler pour les Marquises...