Critique
De Prokofiev aux Beatles, de Saint-Saëns à Pink Floyd, les animaux ont toujours fait bon ménage avec la musique sans pour autant quitter leur ménagerie. S inspirer d eux est une chose, mais donner des instruments aux animaux eux-mêmes, les libérer, les laisser composer ? Il n y a pas à y songer. A sa façon, c est pourtant ce que tente Fidel Fourneyron dans ce disque. Au lieu de contempler la sauvagerie à distance pour en faire la peinture délicate ou satirique, il la met aux commandes, lui confie le premier rôle. Et c est diablement savoureux ! Ici le singe trépigne gauchement, fait des galipettes, traîne ses longs bras avec indolence et ne rechigne pas à lancer quelques noix de coco. La baleine, ombre colossale, n émet que de sourds barrissements, le loup vaniteux exulte de sa propre force, le chat accomplit sa ronde soupçonneuse sur les toits. L étonnement provient de ce que tout cela n est que musique, une musique ludique et maligne exécutée non par des animaux, mais par Fourneyron au trombone, Joachim Florent à la contrebasse et Sylvain Darrifourcq à la batterie. De la bête, le trio a retenu la déraison et les arythmies, la loufoquerie mêlée de danger, une vie pulsionnelle dont sa musique tire pleinement parti en lui mêlant une sensibilité et un humour... tout humains. --Télérama