Bardi, le chanteur de Bang Gang : ses yeux qui s’enfoncent et sa silhouette flottante. Un OVNI ailé, directement issu de la bonne vieille pop et du death metal pour en arriver là – le ciel purement orgasmique de ce disque planant, entre les Beach Boys et les bandes originales de films : des êtres sublimes rassemblés face à l’orgie du siècle, mais trop en conflit intérieur. Il y a aussi les Go-Betweens qui retirent leurs lunettes noires pour voir le soleil avaler les nuages comme une joie liquide. C’est une lumière pure, ce deuxième disque, une lumière au bout du son. Il faut entendre Bardi implorer Where We Reach The Sky, il faut l’entendre répéter It Gets Me Higher sur quelques notes de piano et une guitare acoustique. Il faut prendre le temps de comprendre que ce n’est pas de la musique électronique. Ce n’est presque que des instruments, une flûte, une trompette pleine, un clavier pour nous permettre de toucher la lumière irréelle, le désir grandissant de redescendre et de consoler les autres. Ce n'est qu'alors qu'un rythme léger commence son cours, quelques grattements étouffés et la voix de Bardi, à nouveau obsédante : dans la beauté, c'est parfois la tristesse qui nous stupéfie, l'insoutenable tristesse de ces douze morceaux lents, de ces descentes au ralenti. I Can Feel What Is Wrong. C'est ce qu'elle lui chante, c'est ce qu'elle lui dit dans le morceau qui donne son titre à l'album. 1 % de la population islandaise a acheté son premier disque pour entendre cette voix où les deux se répondent, précisément. Mais il a continué à s'enchaîner, des interviews aux extravagances radiophoniques. Il ne veut pas devenir une star. Juste poursuivre sa plongée sonore, son apnée en pleine nature. Toujours avec ses lunettes de soleil.