Critique
Enregistré au studio du château d’Hérouville avec des musiciens du groupe Magma (qui ne seront pas crédités), The Idiot est avant tout le fruit d’une étroite collaboration entre le chanteur et David Bowie, qui est ici producteur, choriste, pianiste et co-auteur de tous les titres. Chroniques de la vie que mènent alors Iggy et son double anglais - dans ses textes, Iggy a toujours su capter avec brio le moment présent et les émotions qu’il génère -, les chansons bénéficient du meilleur de Pop en tant que chanteur, qui, à même pas trente ans, se réinvente de manière fascinante en Sinatra de l’âge nucléaire, du béton et des cheminées d’usine.
On trouve là-dedans beaucoup de jamais entendu jusqu’alors, et qui le restera : la lancinante « Nightclubbing », avec son solo de guitare amok et sa boîte à rythmes bon marché, la faussement tendre « China Girl », avec ses « visions de svastikas et (ses) projets pour tout le monde », la décadente « Fun Time », l’autobiographique « Dum Dum Boys » (hommage aux Stooges) tout comme « Mass Production » et « Sister Midnight » (dont Bowie réutilisera la musique pour son « Red Money » sur Lodger), esquisses fulgurantes d’un rock industriel qui n’était encore qu’un doux fantasme dans l’imaginaire d’adolescents attardés. Savoir que ce fut le dernier disque que Ian Curtis écouta avant de mettre fin à ses jours en fait sans doute une œuvre encore plus crépusculaire. De toute évidence, il y a eu un « avant » et un « après » The Idiot.
Frédéric Régent - Copyright 2019 Music Story