Critique Un album pour le rodage, un album pour l’éclat, un album pour le triomphe : d’aucuns pouvaient craindre d’enregistrer une suite à Paranoid. Mais Black Sabbath ne mange pas de ce riff-là : le groupe a deux ou trois idées simples, applicables à l’élaboration d’une chanson (un texte mystérieux ou effrayant, mais toujours ésotérique, une ambiance étouffante édifiée grâce à un mur du son électrique et des climats pesants comme un cortège menaçant) et entend bien les peaufiner ici. Mission accomplie : jamais la guitare de Tony Iommi (la star authentique du disque) n’est apparue plus lourde d’orages en devenir, jamais les atmosphères n’ont été baignées d’autant de dérives sulfureuses, jamais Ozzy Osbourne n’a hurlé avec autant de conviction… et jamais le groupe de Birmingham ne sonnera plus de cette façon, irrépressible et victorieuse. Il y a même des couleurs acoustiques qui viennent compléter le panorama harmonique, preuve que les musiciens présents ici ne sont pas les buses que les critiques ont bien voulu prétendre, mais tentent des choses, donc prennent courageusement le risque de l’échec. Quatre jeunes types, défoncés au-delà de l’admissible et la Bible du heavy metal : éprouvant. Master of Reality atteint la huitième position du classement américain, ce qui, lorsqu’on connaît le protectionnisme du pays, constitue un véritable exploit. Christian Larrède - Copyright 2019 Music Story