Critique Si peu de choses ont changé dans la sonorité de Procol Harum entre le premier et le deuxième album, un virage a néanmoins amorcé. Dépoussiéré de ses accents flower power, le groupe s'engage en direction du rock progressif et livre un album très en avance sur les classiques du genre, essentiellement grâce à sa pièce maîtresse, « In Held 'twas In ». Assorti à la voix chaude de Brooker et à un jeu de batterie démentiel, l’orgue Hammond est plus que jamais la marque de fabrique du groupe. En nappes, en accords, en solos, jazzy ou classique, et surtout saturé, il se fait entendre tout au long de l'album. Ouvrant les premières secondes du disque, il ne cesse de résonner ensuite et connaît sur certains morceaux (« Quite Rightly So » surtout) des moments glorieux ou il se fait profond, vivant, et donne un véritable corps aux chansons. Si l'on peut notamment regretter que la guitare électrique soit un peu faible, le son de l'album n'est pas pour autant vieillot. Il a cette patine des grands classiques. Entre blues, rhythm 'n’ blues et pop, Shine On brightly est un bel échantillon de ce virage entre sons typiquement sixties et rock des années 70 qui s’avancent. Surtout, il y a ce monument : « In Held 'twas In I », morceau de 17 minutes, qui prend plusieurs années d'avance sur Pink Floyd ou Genesis. Divisé en cinq sous-parties, il introduit le second instrument caractéristique de Procol Harum : le clavecin. Nous rejouant ici le bal des vampires, il devient facteur d'angoisse et de frisson, sur fond de bombe atomique, sirène d'alarme, ou hurlements... sans oublier ce passage où le groupe parodie la musique de cirque comme Stephen King parodie les clowns, et une ouverture faite d'une incantation Zen. Le thème principal du morceau, joué au début du titre au cithare, est repris plus tard à la guitare électrique – à noter que ce morceau comporte les plus belles interprétations de Robin Trower. Occulté par le succès de son prédécesseur, cet album n'a connu la notoriété qu'aux Etats-Unis. La reprise de « In Held 'twas In I » par Transatlantic a été l'occasion de le redécouvrir et de rendre justice à cet album, presque classique du genre.Julien Oeuillet - Copyright 2019 Music Story