Critique Ainsi qu’il aime le rappeler avec précision en concert, Klokochazia n’est pas exactement un pays, c’est un archipel d’îles, peuplées de personnages, qui, dans cette jungle ordonnée, ont tous un rôle à jouer. Celui de Labyala Fela Da Jawid Fel (« homme qui marche et qui guérit »), dit Nosfell, est de diffuser leurs histoires afin que nous (« simples humains » : on ne sait plus très bien ce qui nous distingue), puissions en retirer quelque enseignement. Mais à l’écoute de l’histoire de ces enfants (« Children of Windaklo »), celle de l’arbre « Sladinji » ou encore celle de « Blewkhz Gowz » et de son amour avec la déesse Milenaz… on se rend compte que ce n’est pas l’enseignement qui compte, mais le voyage. Nosfell est un mélomane averti. Du hip-hop, il a emprunté les techniques vocales (beats boxes) et les samples. De Mike Patton, il a compris la violence retenue, ou en tout cas maîtrisée, du chant et certainement la polyvalence vocale. Nul doute non plus qu’il se soit imprégné de chants sacrés pour pouvoir camper ces voix de femmes en tenant les aigus, sans flancher ni tomber dans la caricature. Enfin, de sa complicité avec le violoncelliste Pierre le Bourgeois (issu d’une formation classique mais passionné de jazz) naît la connivence et la maîtrise de l’improvisation. Nominé aux Victoires de la Musique et pour le prix Constantin, l’album n’offre qu’une version tronquée de l’univers de Nosfell, mais vaut le détour, car il permet de comprendre l’œuvre contée par ce « Maitre de Cérémonie » d’un nouveau genre. Certains ont pu y voir un clin d’œil à l’univers expérimental, jazz et rock de Magma, mais toute comparaison s’avère en fait inutile. Nosfell est unique et c’est ce qui fait sa richesse. Anne Yven - Copyright 2019 Music Story