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Produit par Francis Cabrel et Richard Seff, Vincent Baguian a su s'entourer de noms dont la notoriété n'a d'égale que la modestie. Ce rebelle, voyageur du verbe, ne s'enferme pas dans un genre musical ; ou plutôt si : le sien. Un style bien à part que celui de Vincent Baguian. D'un certain Brassens qui, dit-il, lui a "sauvé la vie", cet auteur compositeur interprète conserve le détachement et le côté cabot. Avec son 3e opus Mes Chants, l'homme au crâne rasé renoue avec la chanson française façon New Orleans sans sombrer dans le passéisme "naphtaline" et dénonce le manque de communication ou l'emprise du modernisme ("Je me suis fait avoir"). Plus encore que par la musique, son univers se définit par les mots. Il en aime les jeux secrets. Des couplets délicieusement provocateurs ("On ne naît pas contractuelle", "J'ai inventé la scie sauteuse"), aux rimes dépoussiérant le verbe gris du quotidien, Mes Chants est bourré d'humour et de sensibilité, étonnant d'originalité et de fraîcheur. --Valérie Dupouy
Critique
Pour la deuxième fois (après Pal mal en 1997) produit par Francis Cabrel (qu'il a connu dans ses Rencontres d'Astaffort), en parallèle créatif dans la pub (notamment TV), et copain avec Zazie (qui lui signe ici "Simple comme bonjour" et fait les ch urs tout comme Carole Fredericks) et Karine Lemarchand (remerciée dans le livret), Baguian nous présente son volume 2 (en fait le 3), un premier album autoproduit étant sorti au milieu des années 80. Le titre de l'opus est révélateur : Vincent se veut méchant. Peut-être est-il simplement caustique et sensuel ? Quoi qu'il en soit, il chante son déséquilibre qu'il banalise ("Névrose ordinaire"), son égocentrisme qui ne résoud rien ("Ballade pour un égoïste"), son incapacité à vivre à deux ("On n'a pas fait bon ménage"). Il assume tout et même le pire cultivant l'autodérision. Ses musiques sont un peu minimalistes (même le blues de "Sur Jésus-Christ, j'ai fait une croix", le jazz secret de la piste 13) mais, alliées à son grain de voix sans vraie personnalité vocale, elles mettent en valeur des mots négatifs ("Je ne t'aime pas"). Ses complices d'écriture sont peu nombreux à l'exception de son directeur artistique Richard Seff (M. Brant, A. Red...), d'Alain Pewzner (Martin Circus), de Sylvain Maillard (lequel a enregistré aussi deux albums autoproduits prometteurs), et de Jean-Marie Léau. Ses collabos de studio sont plus nombreux et plus rôdés (Bikialo, Salmieri, Benarrosh, Roques, Audin...). Tellement pseudo-sûr de lui, on a l'impression qu'il n'y a que dans le néant que Vincent pense pouvoir exister. Peut-être dira-t-on de lui un jour qu'il a inventé la chanson nihiliste… Même si cela n'est pas de prime abord votre genre, attention : ce qu'il y a de plus enfoui en nous, nous y prenons vite goût. -- Platine