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Il convient de prévenir l'auditeur égaré ici que cet album ne l'aidera pas à retrouver son chemin. Telle une de ces enseignes que l'on trouve aux carrefours, il indique plusieurs directions à la fois. Et donne le tournis par cette multitude de pistes. Un vertige grisant, capiteux, où la voix du chanteur devient le guide repère, cette voix ancienne qui mêle sa langue, l'arabe, et le français. Avec même une petite dose d'espagnol dans la version démâtée de "Besame Mucho". Lili Boniche a 82 ans quand il enregistre ce 4e album de sa carrière. Un vrai fourre-tout musical, un souk où se croisent l'oud, la guitare très électrique, la programmation; bref, de quoi perdre la boule. Natif d'Alger, Boniche n'a cessé de cultiver le mélange des genres avec une naïveté déroutante, et ce n'est que depuis 1998 que l'on peut goûter sur disque son tajine arabo-andalou joyeusement bordélique. Entouré sur cet album de Mathieu Chedid – les guitares avec feedback, wah-wah, saturées, c'est lui –, de Manu Katché, le batteur fou d'aventures, et de quelques autres musiciens tout aussi génialement givrés, il va laisser libre cours à son délire de styles. Il faut écouter son adaptation de "La Mamma", ou encore "Le Tango", cet ovni furieux, ou bien l'étourdissant "Carmelita" avec la basse sournoise de Ernie Brooks pour "comprendre" Lili Boniche. Le producteur Jean Touitou a fait jouer les musiciens librement sur les mélodies d'abord enregistrées par Boniche. Ils avaient carte blanche et le résultat déborde d'idées frappadingues, et de télescopages invraisemblables, faisant de cet album un disque touchant par sa spontanéité extraterrestre .--José Ruiz