DAVEN KELLER demeure un mystère. Sa voix, nous rappelle
vaguement quelqu un. Levons donc le voile : il n y a pas si
longtemps, Pierre Bondu se distinguait de l ordinaire de la chanson
pop française.
Cela ne suffisant pas à satisfaire ses désirs d évasion toujours
plus pressants il redoutait l emprisonnement artistique de la pop
et son confort trompeur. Il y a un peu de souvenir adolescent de
Ziggy Stardust dans cette métamorphose en DAVEN KELLER.
Mais il va encore plus loin, car chez lui ce dédoublement était
devenu une nécessité vitale. Un autre fait est intervenu dans la
gestation de ce projet. En collaborant avec son vieux complice
Katerine sur l album Robot après tout, dont il a co-signé le délirant
V.I.P , Bondu déjà un peu KELLER s est convaincu que la
libération viendrait sans doute par le corps.
Sa musique entamait ce virage : plus physique, moins à
l Ouest, moins rêveuse, plus nerveuse. D emblée sur Indigène ,
on reconnaît l influence du funk tribal et minimaliste à la
Timbaland : talk over syncopé, vocoder, beat assaillant et,
surtout, goût du paradoxe, des oxymores musicaux : la guitare
façon Prince de Freaks qui croise un vieux banjo country, un
carnaval de samba et une nuée de cordes au beau milieu de
l électro-funkisant Désormais solaire .
Parti en vrille, l album se ménage quelques tournants, le
blues de Aujourd hui comme demain , avant une double
offrande finale somptueuse, Outre Atlantique et L.A Californie
où le piano, les cordes, les bruissements des villes s entremêlent
dans une rêverie jet-laguée qui procure à l ensemble de
l album l apparence d un long voyage sans temps morts, où
aux vives turbulences finit toujours par succéder la beauté
planante d une quiétude enfin trouvée.
REACTION A s entendra évidemment à rebours.A réaction.
DAVEN KELLER a déjà attaché sa ceinture.