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Imaginez Faulkner adapté par Bergman, et vous aurez une idée à peu précise de cette uvre à la fois gothique et vénéneuse – l'une des plus étranges dans les filmographies de Clint Eastwood et Don Siegel. Avec ce pseudo-film de guerre tourné en 1970, le tandem déboulonne la statue de macho que venait de se forger l'Homme sans nom dans les western spaghettis grâce à Sergio Leone. Et également grâce à Don Siegel – Un shérif à New York, Sierra Torride. Soldat nordiste blessé pendant la guerre de Sécession, recueilli dans un pensionnat pour jeunes filles sudistes, Clint Eastwood prend un malin plaisir à démolir son image. Immobilisé pendant les trois quarts du film, il se laisse peu à peu cannibaliser par un gynécée mené d'une main de fer par la redoutable Geneviève Page, dans le cadre luxuriant et étouffant du Sud profond. Un univers pervers, dominé par les désirs qu'on réprime, les sentiments qu'on dissimule, les frustrations qu'on cicatrise. Ou qu'on ampute, à l'instar de la jambe du héros. Cadrages baroques, surimpressions, effets sonores, flash-back mensongers, escaliers gothiques, Don Siegel utilise avec un brio étonnant toute la panoplie du cinéma pour restituer l'atmosphère vénéneuse du pensionnat. Sans doute trop novateur pour son époque, le film fut un échec commercial cinglant. C'est pourtant une clé de voûte indispensable pour comprendre la carrière ultérieure du dernier géant d'Hollywood. --Sylvain Lefort