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Imaginez 2001 ou Apocalypse Now, version Monsieur Hulot Chef-d'uvre plastique de Jacques Tati, incompris à sa sortie en 1967, Playtime se révèle pourtant incroyablement visionnaire. L'américanisation des murs, la malbouffe, la transparence, le poids de la télévision, et même le Loft, tout est là ! Visionnaire dans son propos, il l'est davantage encore cinématographiquement : pas de personnage principal – Hulot se diluant dans la foule citadine avant de se multiplier à l'envi ! –, une intrigue plutôt décousue, une ville intégralement reconstituée, des dialogues parcimonieux, une bande sonore extrêmement soignée et inventive, une maîtrise du cadre et de la mise en scène digne d'Antonioni. Playtime a effectivement de quoi déconcerter pour un film burlesque. Une sorte d'ovni cinématographique arty. C'est sans compter sur la qualité du regard de Tati : plutôt que d'en rester à la critique schématique de la modernité, Playtime montre que la déshumanisation n'est pas inexorable. À l'instar de cette énorme party qui dégénère, au cours de laquelle le décor moderne s'effondre au fur et à mesure que se tisse du lien social – une scène gargantuesque dans son dispositif et son propos, où les gags pullulent à chaque coin de l'écran. Au-delà de son énorme impact esthétique et de son côté un peu mégalo, Playtime possède une qualité unique. Par son humanité, son sens de l'observation et son regard de plasticien, Jacques Tati parvient à changer notre regard sur le monde, en exigeant de nous une prise de distance sur le réel, un regard différent et décalé sur le quotidien. Une date dans l'histoire du cinéma, que la restauration entreprise par François Ede a permis de remettre au goût du jour en 2002. --Sylvain Lefort
Description du produit
Playtime, 2 DVD, 152 minutes