Présentation de l'éditeur
Comme chaque année, la Documentation française consacre un numéro à l'Asie, au sein de la collection «Les Études de la Documentation française». Y sont analysés les principaux événements politiques et économiques survenus récemment dans les pays de la région.
En 2006, après avoir suscité beaucoup d'intérêt et d'attente en tant que pôle majeur de la croissance mondiale, l'Asie orientale est entrée dans une phase d'incertitudes : crise nord-coréenne, tensions entre Pékin et Tokyo, spasmes de la démocratie thaïlandaise...
Les différentes contributions de l'ouvrage permettent de mieux comprendre, à travers l'actualité, les évolutions à moyen et long termes. Les bilans sont en phase avec l'actualité (la Corée du Nord et le dossier nucléaire). D'autres articles analysent des sujets peu couverts par les médias, comme les évolutions politiques en cours en Asie centrale, la politique intérieure en Malaisie ou les effets politiques des catastrophes naturelles (Pakistan, Indonésie).
Au sommaire de ce numéro
- Transitions incertaines :
Les nouvelles classes sociales chinoises : comment penser les inégalités ?
La Corée du Nord, acteur rationnel en Asie du Nord-Est
La Malaisie en 2006
Les États d'Asie centrale : un parcours tourmenté depuis l'indépendance
- Jeux d'influence complexes :
Les relations entre l'Inde, la Chine et les États-Unis : un triangle en voie de stabilisation ?
Intégration économique en Asie de l'Est : les progrès limités de l'approche institutionnelle
Le Grand Mékong : pierre angulaire ou pierre d'achoppement de l'Asie de l'Est ?
- Progrès fragiles :
Cachemire : les répercussions politiques du tremblement de terre d'octobre 2005
Indonésie : l'effet tsunami et les accords de paix à Aceh
Sophie Boisseau du Rocher est chercheur à l'Asia Centre, Centre études Asie
François Godement est professeur à Sciences Po, Directeur d'Asia Centre.
Extrait
Après avoir suscité beaucoup d'intérêt et d'attente en tant que pôle majeur de la croissance mondiale, l'Asie orientale est entrée en 2006 dans une phase d'incertitudes. Alors que les observateurs se penchaient avec enthousiasme sur les seuls indicateurs positifs, et notamment l'effet d'entraînement de la croissance chinoise sur le reste de la région, aujourd'hui, après la crise nord-coréenne de juillet 2006, les tensions explicites et la concurrence implicite entre le Japon et la Chine, l'absence de progrès en matière de construction régionale ou les spasmes de la démocratie thaïlandaise, des doutes apparaissent. Si ceux-ci ne remettent pas en cause l'importance de la région dans les équilibres mondiaux, ils introduisent toutefois des éléments d'incertitude qui nuancent son impact.
L'Asie reste sans aucun doute la partie du monde où la variété et l'intensité des enjeux sont les plus importants. Pas un domaine où les évolutions en cours ne soient sérieusement transformées dans les années à venir, qu'il s'agisse des enjeux sécuritaires, des équilibres sociétaux et des évolutions politiques, des projets de développement économique ou de l'architecture régionale. Autant de terrains qui s'affectent mutuellement et complexifient les scénarios, rendant la lecture des partenaires extérieurs plus difficile. Car les jeux et alliances possibles sont non seulement démultipliés par l'intensification des interdépendances avérées entre les différents partenaires régionaux, mais ils sont aussi rendus plus sensibles par les interventions extérieures comme le rappelle l'imbroglio nord-coréen où le scénario le plus raisonnable à court terme, pour l'ensemble des acteurs, reste celui du statu quo. À la différence d'espaces plus périphériques, le théâtre asiatique intéresse, intrigue, influence les équilibres mondiaux.
L'hypothèse selon laquelle l'Asie pourrait être victime de ses propres succès pourrait aussi se confirmer.