L'État de droit a connu au cours des années 1980 une véritable
transmutation : d'abord notion juridique, forgée par les juristes
et à leur usage, le concept s'est vu propulsé sur la place
publique, mis au centre des débats philosophiques et politiques
concernant le rôle de l'État et le jeu des mécanismes démocratiques.
La perte de fiabilité d'un État qui n'apparaît plus seulement comme
un instrument de promotion et de sécurisation collective mais aussi
comme un agent possible d'oppression, l'accent mis sur l'individu
face au pouvoir et sur la défense de ses droits et libertés fondamentales,
la redécouverte du droit comme moyen de refondation du lien
social expliquent le succès que rencontre le thème de l'État de droit.
On verra dans ce dossier que l'État de droit s'est désormais
imposé dans la vie internationale comme une référence incontournable,
à laquelle tout État est tenu d'adhérer. Il connaît un processus
de diffusion planétaire, en gagnant aussi bien les pays de tradition
anglo-saxonne que ceux de l'Est et du Sud, et il est explicitement
inscrit dans une série de textes et de documents internationaux,
notamment dans le cadre de la construction européenne.