À la différence de la psychiatrie traditionnelle, qui se donnait
pour objectif de soigner les maladies mentales dans un cadre
médicalisé et clos, la politique de santé mentale désormais
préconisée par les pouvoirs publics entend prévenir et traiter toutes
les formes de souffrance psychologique (mal-être, dépression,
addiction, stress...) dans un cadre d'intervention élargi mettant en
relation des acteurs aussi variés que les professionnels de la psychiatrie,
les travailleurs sociaux ou les usagers.
Cette transformation des missions de l'institution psychiatrique
intervient à l'heure où les demandes de soins et de soutien psychologiques
se modifient et se généralisent, sous l'effet conjugué de la
détresse sociale, de l'impératif contemporain d'affirmation individuelle
et de la banalisation du discours «psy».
Ce dossier s'efforce de définir la santé mentale, et s'intéresse
notamment aux facteurs sociaux qui la déterminent. Il tente de cerner
les raisons pour lesquelles la demande «psy» explose depuis
quelques années en France, et en décrit les principales manifestations
(consommation massive de médicaments psychotropes, multiplication
des psychothérapies...). Après un tour d'horizon du système
français de soins psychiatriques, il cherche à comprendre les
défis et les problèmes que pose une telle évolution, non seulement
pour les professionnels, mais aussi pour les malades.