Depuis plus de deux décennies, les formes particulières d'emploi
(intérim, contrat à durée déterminée, situation mixte de
formation-emploi) se sont multipliées. Une fracture sociale
est apparue sur le marché du travail, entre des travailleurs relativement
bien protégés du fait du statut de leur emploi et d'autres catégories
d'actifs aux trajectoires professionnelles plus précaires et
discontinues : les jeunes entrants, les femmes à temps partiel ou
encore les travailleurs pauvres.
L'emploi, principal vecteur de Sécurité sociale mais variable privilégiée
des politiques de flexibilité, ne constitue plus une protection
suffisante contre les risques sociaux. Ce constat fait aujourd'hui l'objet
d'un large consensus politique et syndical. Une nouvelle sécurité
professionnelle, compatible avec les contraintes de flexibilité, serait à
inventer. D'aucuns citent en exemple la réussite du modèle danois de
«flexicurité».
Malgré l'engouement récent pour ce néologisme (contraction de deux
dynamiques apparemment opposées), de multiples interrogations
demeurent : une plus grande flexibilité du marché du travail est-elle
vraiment nécessaire ? Comment, dans le même temps, sécuriser les
parcours professionnels entre les situations d'emploi, de chômage,
de formation, d'inactivité temporaire ? N'est-ce pas finalement la
logique même du modèle français de protection sociale qu'il s'agit de
réformer ?
En réponse à ces questions, ce dossier analyse les transformations
économiques qui mettent aujourd'hui à rude épreuve la protection de
l'emploi. Il présente ensuite les différentes propositions qui ont été
faites pour articuler autrement flexibilité et sécurité de l'emploi. Enfin,
il dresse un bilan des expérimentations de flexicurité qui ont vu le jour
en France et à l'étranger depuis une dizaine d'années, en insistant
aussi bien sur leurs originalités que sur leurs limites.