Satan, Belzébuth, Lucifer... le Diable possède de multiples noms et visages qui, toujours, furent une
grande source d'inspiration pour les artistes. Longtemps commanditées par les instances religieuses,
pour en faire, selon les civilisations, un objet de crainte ou de vénération, les représentations du
monde des ténèbres eurent souvent vocation à instruire les croyants et à les guider dans le droit
chemin. Pour d'autres artistes, tel Hieronymus Bosch, elles étaient un moyen de dénoncer la
dégradation des moeurs de leurs contemporains.
Parallèlement, au fil des siècles, la littérature offrit une nouvelle inspiration aux artistes qui
souhaitaient exorciser le mal par sa représentation imagée, notamment au travers les oeuvres de
Dante ou de Goethe. À partir du XIXe siècle, la période romantique, attirée par le potentiel
mystérieux et expressif suggéré par un tel sujet, exalta, elle aussi, cet attrait pour le maléfique. La
Porte de l'Enfer d'Auguste Rodin, oeuvre d'une vie, monumentale et tourmentée, est la parfaite
illustration de cette passion pour le Mal, et nous permet également d'entrevoir la raison de cette
fascination. En effet, quoi de plus envoûtant pour un homme que d'user de son meilleur
savoir-faire pour représenter la beauté de la laideur et du diabolique ?